C’est un fait divers qui circule depuis lundi dans toute la presse horlogère et généraliste. À Tokyo, une Audemars Piguet estimée à 46 millions de yens, soit plus de 260 000 euros, a été volée la semaine dernière dans une boutique, puis renvoyée à son propriétaire par colis, accompagnée d’une lettre d’excuses écrite à la main. Le voleur, lui, court toujours.
Les points :
Un essayage qui tourne court #
Selon la dépêche de l’AFP reprise par Le Matin et RTL Infos, la scène s’est déroulée dans l’arrondissement de Nakano, à l’ouest du centre de Tokyo. Un homme s’est présenté comme un client ordinaire et a demandé à essayer une Audemars Piguet. Une fois la montre au poignet, il est sorti de la boutique en courant, sans jamais l’avoir retirée.
Le scénario n’a rien d’inédit : l’essayage est le moment où une pièce de grande valeur quitte la vitrine et se retrouve, quelques secondes, entre les mains d’un inconnu. C’est précisément ce moment que l’homme a choisi.
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Un colis et une note manuscrite le 1er novembre #
La suite est beaucoup moins banale. Le 1er novembre, la boutique a reçu un colis. À l’intérieur, la montre, et une note manuscrite dans laquelle l’expéditeur présentait ses excuses. L’information a été rapportée lundi par le quotidien Asahi Shimbun et d’autres médias japonais, qui citent des sources anonymes proches de l’enquête.
Pour s’assurer qu’il s’agissait bien de la pièce dérobée, et pas d’une copie, c’est le numéro de série qui a fait foi. Il a permis d’identifier formellement la montre comme celle qui avait disparu quelques jours plus tôt. Contactée par l’AFP, la boutique a refusé de commenter l’affaire.
La restitution ne clôt pas le dossier. D’après l’Asahi Shimbun, la police de Tokyo recherche toujours l’homme soupçonné du vol. Rendre l’objet n’efface pas l’infraction, et les enquêteurs disposent désormais d’un élément supplémentaire : un colis et une lettre, autant de pistes potentielles.
Le même centre commercial déjà visé en août #
L’affaire de Nakano n’est pas isolée. Toujours selon l’AFP, en août, quatre montres de luxe d’une valeur totale de 200 millions de yens, soit plus de 1,1 million d’euros, avaient été dérobées dans une autre boutique du même centre commercial. Deux vols en quelques mois au même endroit, cela dit quelque chose de l’attrait que représentent les montres de luxe pour les voleurs, à Tokyo comme ailleurs.
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Une montre se porte au poignet, tient dans une poche et vaut parfois le prix d’un appartement : pour un voleur, l’équation paraît simple. Pour la revendre, elle l’est beaucoup moins.
Le numéro de série, assurance discrète des grandes montres #
Car c’est bien là le point faible d’une montre volée de cette catégorie. Chaque pièce d’une grande manufacture porte un numéro qui lui est propre. Ce numéro suit la montre tout au long de sa vie : au service après-vente, lors d’une expertise, au moment d’une revente chez un marchand sérieux ou aux enchères. Une Audemars Piguet signalée comme volée devient difficile à écouler par les circuits classiques, et perd l’essentiel de sa valeur.
Cette traçabilité prend d’ailleurs de plus en plus d’importance dans la stratégie des marques. Fin octobre, Audemars Piguet a lancé The Watch Keepers, sa plateforme officielle de montres d’occasion. Le principe est simple : des pièces contrôlées et authentifiées par la manufacture elle-même. Plus le marché de seconde main se structure autour de l’historique de chaque montre, plus une pièce à l’origine douteuse devient difficile à placer.
Audemars Piguet, une signature très convoitée #
Le choix de la marque n’étonnera pas les amateurs. La manufacture du Brassus, dans la vallée de Joux, compte parmi les noms les plus recherchés de la haute horlogerie. Sa Royal Oak, dessinée en 1972 par Gérald Genta, reste l’une des montres les plus identifiables au monde, rappelle le Journal du Luxe. La maison a d’ailleurs présenté en octobre sa première collection de haute joaillerie signée en propre, bâtie autour de ce modèle emblématique.
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Les sources disponibles ne précisent pas quel modèle a été volé à Nakano. Seule sa valeur, 46 millions de yens, a été communiquée, ce qui la place dans le haut de la gamme de la manufacture.
Ce que l’on ignore encore #
Plusieurs zones d’ombre demeurent. Le contenu exact de la lettre d’excuses n’a pas été rendu public, pas plus que les raisons qui ont poussé l’auteur à rendre la montre : remords, peur d’être identifié, impossibilité de la revendre ? Rien ne permet de trancher à ce stade, et les informations publiées reposent sur des sources anonymes proches de l’enquête.
Reste une histoire qui en dit long sur le statut particulier de ces montres. Une pièce de plus de 260 000 euros peut disparaître en quelques secondes au détour d’un essayage. Mais une montre d’exception, numérotée et suivie, reste aussi un objet très difficile à faire disparaître pour de bon.




